Chapitre 7
Sans exagération, une affirmation simple : un quantième perpétuel est consulté chaque jour.
Lorsqu’on évoque une grande complication, le quantième perpétuel s’impose naturellement à l’esprit. Sans emphase, sans effet de manche : chaque fois que la montre est portée, il est regardé. À condition d’élargir la notion d’« utilité » et d’y inclure la distinction, le respect du temps et celui de la tradition horlogère, le quantième perpétuel figure, à n’en pas douter, parmi les complications les plus réellement utiles que l’horlogerie ait jamais conçues.
Il allait donc de soi, dès l’origine du projet, que la Grande Double Sonnerie serait équipée d’un quantième perpétuel. Mais cette évidence dissimulait une difficulté majeure. Car si Blancpain possède une tradition ancienne et solidement établie dans le domaine des calendriers perpétuels, aucune des constructions existantes ne pouvait répondre aux exigences spécifiques de la Grande Double Sonnerie. Toutes reposaient sur un principe commun : une planche de calendrier indépendante, disposée au-dessus du train de rouage de base. Cette architecture, largement adoptée dans le paysage horloger – y compris pour les grandes complications –, s’est imposée par sa logique et sa praticité. Mais suivre cette voie était ici exclu. Ajouter une planche de calendrier au-dessus du mouvement aurait été en totale contradiction avec l’impératif fondamental du projet: offrir, côté cadran, une vision directe et dégagée de la sonnerie, de sa complexité, de la richesse de ses finitions. Il était inconcevable de masquer cette architecture sonore ou de reléguer le tourbillon volant au revers de la montre.
Une question devenait alors centrale : comment concevoir un mécanisme de quantième perpétuel capable de s’inscrire côté cadran, sans platine dédiée, sans entraver la lecture de la sonnerie, et sans compromettre la présence du tourbillon volant ? Ces contraintes imposaient non seulement une construction d’une extrême compacité, mais également une organisation des indications – date, jour de la semaine, mois et année bissextile– compatible avec une esthétique de mouvement ouvert. Plus encore, le mécanisme devait être pleinement intégré au mouvement, une exigence rarissime dans l’univers des grandes complications, où les architectures empilées demeurent la norme.
C’est donc à partir d’une feuille blanche que l’équipe de développement a conçu un quantième perpétuel entièrement nouveau, fondé sur une date rétrograde. Car si le quantième perpétuel constitue déjà une complication en soi, l’intégration d’une date rétrograde peut être considérée comme une complication supplémentaire, venant complexifier encore l’ensemble. Le mécanisme devait être capable de suivre avec précision la durée variable des mois, y compris celle de février lors des années bissextiles, tout en intégrant un système d’accumulation d’énergie permettant à l’aiguille de date de revenir instantanément à «1» à la fin de chaque mois. À cela s’ajoutait la nécessité d’une protection efficace contre toute détérioration en cas de réglage de l’heure en arrière. Une difficulté supplémentaire s’imposait encore. Fidèle à une signature propre à Blancpain–et partagée par l’ensemble de ses quantièmes perpétuels et calendriers complets Villeret –, le réglage des indications devait être assuré par des correcteurs dissimulés sous les cornes, manipulables directement au doigt. Cette solution brevetée, qui évite le recours à un outil et préserve la pureté des flancs de la boîte, devait être entièrement repensée afin de fonctionner avec une architecture rétrograde compacte.
La solution retenue organise les éléments essentiels du quantième perpétuel sur la partie droite du mouvement, libérant ainsi, sur la gauche, une vue largement dégagée de la sonnerie. L’échelle de la date rétrograde prend place à l’extrême gauche du cadran, son aiguille serpentine pivotant depuis le centre du mouvement. Le jour de la semaine ainsi que l’indication combinée du mois et de l’année bissextile sont répartis sur deux sous-cadrans distincts, largement ouverts, leurs marquages étant reportés sur des anneaux périphériques afin de préserver la transparence et l’équilibre visuel de l’ensemble.
Le cœur du calendrier, la roue de programme des douze mois de l’année.
Le pont du quantième perpétuel, remarquable par ses 42 angles rentrants, exécutés avec une exigence de finition extrême.
En conformité avec essentiellement tous les calendriers perpétuels, il y a trois cœurs du système. Le premier est une roue de 24 heures, le second est une came de programmation pour les 12 mois de l’année, le troisième est une came sup plémentaire qui tourne une fois tous les quatre ans pour l’année bissextile.1 Nonobstant la présence de ces éléments « standard », le design est 100 % nouveau et unique à la Grande Double Sonnerie. Le système rétrograde apporte des com plications supplémentaires d’un ressort qui est progressivement armé à chaque changement quotidien et d’un amortisseur pour éviter à la fois la dureté dans le retour à zéro et pour empêcher le retour de dépasser « 1 ». Le saut rétrograde de l’aiguille luimême se produit rapidement, de l’ordre de 20 millisecondes.
En commun avec tous les calendriers compliqués de Blancpain, le mécanisme perpétuel de la Grande Double Sonnerie incorpore des caractéristiques de sécurité pour prévenir les dommages si le proprié taire tente de régler les indications du calendrier alors qu’un changement automatique quotidien est en cours.
Les constructeurs de Blancpain ont dû relever un défi supplémentaire : l’adaptation du système des correcteurs sous cornes à ce nouveau gardetemps. Les correcteurs des autres calendriers de la collection Villeret sont placés sous les quatre cornes.2 Les relier au mécanisme est facilité par un petit bras qui s’assemble avec un élément de levier du calendrier. Avec cette archi tecture, il y a un petit ressort qui est intégré dans le système de correcteur sous corne luimême. Le ressort sert à ramener le correcteur en position après chaque pression. Pour ce calendrier rétrograde, Blancpain a dû redessiner le système, en relocalisant les ressorts dans le mouvement luimême.
Signalant la singularité de chaque Grande Double Sonnerie, il y a les possibilités de personnalisation des indications du calendrier. Le propriétaire peut choisir la couleur des sous-cadrans et de l’échelle de la date rétrograde, ainsi que la langue.
1 Les autres calendriers perpétuels de Blancpain programment les années bissextiles avec un élément de came à deux faces qui effectue une rotation tous les 8 ans. Chacune de ces deux cames est active tous les quatre ans. Voir Lettres du Brassus numéro 24.
2 Bien que chacun des calendriers compliqués place les correcteurs sous les quatre cornes, tant pour l’Équation du Temps Marchante que pour le Calendrier Chinois Traditionnel, un correcteur supplémentaire est placé à 9 heures.